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Chapter 6

Chapter 6 of 6

Les ravages de l amour detourne

Une fin de lecture sur les ravages de l attachement egare et le remede par l ikhlas et le retour a Allah.

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Chapitre L'amour sodomite

Chapitre L'amour sodomite

La deuxième catégorie, dont Dieu a relaté l'amour passionné, est celle des sodomites, comme Il l'a dit, exalté soit-Il : « Et les gens de la cité vinrent, exultant de joie. [Loth] dit : "Ce sont mes hôtes, ne me déshonorez donc pas. Craignez Allah et ne me couvrez pas de honte." Ils dirent : "Ne t'avions-nous pas interdit [de recevoir] qui que ce soit du monde ?" Il dit : "Voici mes filles, si vous voulez agir." Par ta vie ! Ils étaient dans leur ivresse, errant aveuglément. » [Sourate Al-Hijr : 67-72].

Cette communauté s'est éprise d'une passion que le Très-Haut a relatée à propos de deux groupes, chacun d'eux ayant aimé ce qui lui était interdit en matière de formes, sans se soucier du préjudice que comportait cet amour.

Voici une maladie dont le remède a laissé les médecins perplexes, dont la guérison leur a échappé. Par Allah, c'est là le mal incurable, le poison mortel, qui, dès qu'il s'attache à un cœur, rend difficile pour les hommes d'en libérer celui qui en est prisonnier. Et dès que son feu s'embrase dans une âme, il devient ardu pour les créatures de l'en préserver.

Cet amour se divise en plusieurs catégories :

Parfois, il constitue une mécréance : pour celui qui prend son bien-aimé comme rival, l'aimant comme on aime Allah. Comment serait-ce donc si son amour était plus grand que l'amour d'Allah dans son cœur ? Cet amour-là ne sera pas pardonné à son auteur, car il s'agit de l'une des formes les plus graves de polythéisme. Or, Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne des associés, mais Il pardonne, par le repentir effaçant [les péchés], ce qui est moindre que cela.

Le signe de l'amour passionnel polythéiste et mécréant est que l'amant préfère la satisfaction de son bien-aimé à celle de son Seigneur. Et lorsque, pour lui, le droit de son bien-aimé et son intérêt entrent en conflit avec le droit de son Seigneur et Son obéissance, il privilégie le droit de son bien-aimé sur celui de son Seigneur, et préfère sa satisfaction à celle de son Créateur. Il lui offre le meilleur de ce qu'il possède, tandis qu'à son Seigneur – s'il Lui offre quelque chose – il donne le pire de ce qu'il a. Il déploie tous ses efforts pour satisfaire son bien-aimé, lui obéir et se rapprocher de lui, et réserve à son Seigneur – s'il Lui obéit – le surplus que son bien-aimé lui a laissé de son temps.

Réfléchis donc à la condition de la plupart des amoureux des formes, et tu la trouveras conforme à cela. Puis, place leur état sur un plateau de la balance, et leur unicité (tawhîd) ainsi que leur foi sur l'autre plateau. Pèse ensuite avec une balance qui satisfait Allah, Son Messager, et qui est conforme à la justice. Il se peut même que l'amant parmi eux déclare explicitement que l'union avec son bien-aimé lui est plus chère que l'unicité de son Seigneur, comme l'a dit ce misérable amoureux :

*« Elles sirotent de ma bouche des gorgées Plus douces pour moi que le Tawhîd. »*

Et comme l'a également déclaré un autre misérable, affirmant que l'union avec son bien-aimé lui est plus désirable que la miséricorde de son Seigneur, comme cela a déjà été mentionné.

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Sans aucun doute, cet amour passionné relève de l’une des formes les plus graves du polythéisme. Beaucoup de ceux qui en sont atteints déclarent ouvertement qu’il ne reste plus dans leur cœur la moindre place pour un autre que leur bien-aimé, bien plus : ce dernier a pris possession de tout leur cœur, les réduisant à une servitude absolue sous tous ses aspects. Ainsi, ils ont troqué l’adoration du Créateur, gloire à Sa majesté, contre l’adoration d’une créature semblable à eux. Or, l’adoration n’est autre que l’aboutissement suprême de l’amour et de la soumission. Celui qui a ainsi épuisé toute la force de son amour, de sa soumission et de son humilité au profit de son bien-aimé lui a, en vérité, accordé l’essence même de l’adoration.

Il n’y a aucune commune mesure entre la corruption engendrée par cet acte grave et celle de la fornication. Cette dernière est un péché majeur dont la sanction est comparable à celle de ses semblables, tandis que la corruption de cet amour passionné équivaut à celle du polythéisme. Certains des cheikhs parmi les gens de connaissance disaient : « Je préférerais être éprouvé par la fornication, même sous cette apparence, plutôt que d’être frappé par une passion qui asservirait mon cœur et l’occuperait au point de le détourner d’Allah. »

Chapitre Le remède à l’amour passionné

Le remède à ce mal mortel consiste à prendre conscience que ce dont on est affligé, cette maladie opposée au monothéisme, n’est autre que le fruit de son ignorance et de l’insouciance de son cœur envers Allah, exalté soit-Il. Il incombe donc à l’homme de connaître d’abord le tawhid (l’unicité) de son Seigneur et Sa sunna, puis de s’adonner aux actes d’adoration apparents et intérieurs qui occuperont son cœur et le détourneront de la pensée incessante de l’être aimé. Il doit multiplier les invocations et les supplications à Allah, le Très-Haut, pour qu’Il le délivre de ce mal, et ramener son cœur vers Lui. Aucun remède n’est plus efficace que la sincérité envers Allah, et c’est là le remède qu’Allah a mentionné dans Son Livre lorsqu’Il dit : « C’est ainsi que Nous l’avons préservé du mal et de la turpitude, car il était du nombre de Nos serviteurs sincères. » (Sourate Yûsuf, 12:24).

Allah, exalté soit-Il, nous informe qu’Il l’a préservé du mal de la passion et de l’acte immoral grâce à sa sincérité. En effet, lorsque le cœur se voue entièrement à Allah et que ses actes Lui sont exclusivement dédiés, l’amour des formes ne peut plus s’y installer, car il ne s’empare que d’un cœur vide, comme l’a dit le poète : *« Son amour m’a atteint avant que je ne connaisse l’amour… Il a trouvé un cœur vide et s’y est installé. »*

Que l’homme doué de raison sache que la raison et la loi religieuse imposent de rechercher les intérêts et de les parfaire, tout en éliminant les maux et en les réduisant. Lorsqu’un homme raisonnable est confronté à une situation où il perçoit à la fois un intérêt et un mal, deux obligations s’imposent à lui : l’une théorique, l’autre pratique. - L’obligation théorique consiste à discerner lequel des deux aspects – l’intérêt ou le mal – est prépondérant. - Une fois cette prépondérance établie, il lui incombe de privilégier ce qui est le plus profitable pour lui.

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Les Méfaits de la Passion Amoureuse

Il est bien connu que l’amour des formes (physiques) n’apporte aucun intérêt, ni religieux ni mondain. Bien au contraire, ses méfaits, tant sur le plan spirituel que temporel, dépassent de loin tout avantage qu’on pourrait lui attribuer. Voici les raisons qui en témoignent :

Premièrement : S’occuper de l’amour de la créature et de son souvenir au détriment de l’amour du Seigneur, exalté soit-Il, et de Son souvenir. En effet, ces deux amours ne peuvent coexister dans un même cœur sans que l’un ne domine l’autre et ne prenne le dessus.

Deuxièmement : La souffrance du cœur qu’il engendre. Quiconque aime autre chose que Dieu en est inévitablement tourmenté, comme il a été dit :

*« Il n’est sur terre plus malheureux qu’un amoureux, Même si son penchant lui semble doux au goût. On le voit pleurer à tout instant, Craignant la séparation ou consumé par le désir. Il pleure s’ils s’éloignent, par nostalgie, Et pleure s’ils se rapprochent, par crainte de la séparation. Son œil s’échauffe au moment de la séparation, Et s’échauffe encore au moment des retrouvailles. »*

Et bien que l’amoureux trouve du plaisir dans sa passion, celle-ci n’en reste pas moins le plus grand des tourments pour le cœur.

Troisièmement : Son cœur devient prisonnier des griffes d’autrui, subissant l’humiliation sans même en prendre conscience, tant il est ivre de sa passion. Son cœur est semblable à un petit oiseau dans la main d’un enfant qui le mène vers les abîmes de la mort, tandis que l’enfant s’amuse et joue. Comme l’a dit l’un d’eux :

*« Tu as conquis mon cœur par l’éloignement et la froideur, Alors que toi, libre d’esprit, tu t’amuses et joues. La vie de l’amoureux est celle d’un captif enchaîné, Tandis que celle de l’indifférent est celle d’un être libre et insouciant. »*

Libre en apparence, il est en réalité prisonnier, Malade, tournant autour de l’axe de la perdition. Mort, bien qu’il paraisse vivant, allant et venant, Sans espoir de résurrection jusqu’au Jour dernier. Frère des tourments, son cœur s’y est perdu, Sans présence jusqu’à la mort.

Quatrièmement : Il se détourne des intérêts de sa religion et de sa vie mondaine. Rien n’est plus néfaste pour les affaires religieuses et temporelles que la passion des formes. Quant aux intérêts religieux, ils dépendent de la sérénité du cœur et de son inclination vers Dieu. Or, la passion des formes est ce qui le trouble et le disperse le plus.

Quant aux intérêts mondains, ils sont en réalité subordonnés aux intérêts religieux. Celui dont les affaires religieuses se désagrègent et se perdent verra ses affaires mondaines encore plus égarées.

Cinquièmement : Les fléaux de ce monde et de l’au-delà atteignent les amoureux des formes plus rapidement que le feu ne consume le bois sec. La raison en est que plus le cœur se rapproche de la passion et s’y attache, plus il s’éloigne de Dieu. Et plus il s’éloigne de Dieu, plus il devient vulnérable aux maux et aux épreuves.

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Les cœurs qui s’éloignent d’Allah sont les cœurs des amoureux des formes. Lorsque le cœur s’éloigne d’Allah, les fléaux l’assaillent, et le diable s’en empare de toutes parts. Il s’en rend maître et ne lui épargne aucun mal qu’il puisse lui infliger. Que penser alors d’un cœur dont l’ennemi, le plus avide des créatures à le corrompre et à le perdre, s’est emparé, tandis que son allié s’en est éloigné ? Celui sans qui il ne peut connaître ni félicité, ni joie, ni bonheur, ni proximité, ni protection ?

Sixièmement : Lorsque [le diable] s’empare du cœur, que son emprise se consolide et que son pouvoir s’affermit, il corrompt l’esprit, suscite les obsessions (waswās), et peut même réduire son possesseur au rang des fous dont la raison s’est altérée, les privant de tout profit.

Les récits des amoureux en témoignent, et certains cas sont même observables de nos propres yeux. Or, ce qu’il y a de plus noble en l’homme, c’est sa raison, par laquelle il se distingue des autres créatures. Si sa raison vient à lui manquer, il rejoint le rang des bêtes, voire en deçà, car l’état de l’animal peut parfois être préférable au sien. N’est-ce pas cela qui a ôté la raison au fou de Laylā et ses semblables ? Et son délire peut même surpasser celui des autres, comme il a été dit :

« Ils dirent : "Tu es fou de celle que tu aimes !" Je leur répondis : L’amour est plus grand que ce qui frappe les fous. L’amour ne laisse jamais son adepte reprendre ses esprits, Tandis que le fou, lui, est terrassé en un instant. »

Septièmement : [Le diable] peut aussi corrompre les sens, en totalité ou en partie, soit par une corruption morale, soit par une corruption physique.

Quant à la corruption morale, elle découle de celle du cœur. En effet, lorsque le cœur se corrompt, l’œil, l’oreille et la langue se corrompent à leur tour. Le laid est alors perçu comme beau, tant en soi qu’en l’être aimé, comme le rapporte le Musnad en ces termes attribués au Prophète ﷺ : « Ton amour pour une chose te rend aveugle et sourd. » Il aveugle le cœur au point de ne plus voir les défauts de l’aimé, et il rend sourd à toute parole équitable à son sujet. Les désirs voilent les imperfections : celui qui convoite une chose n’en voit pas les défauts, jusqu’à ce que son désir s’éteigne et qu’il en découvre alors les vices. Une passion intense est comme un voile sur les yeux, empêchant de voir les choses telles qu’elles sont, comme il a été dit :

« Je t’ai aimé alors qu’un voile couvrait mes yeux… Quand il se dissipa, je me mis à me blâmer. »

Celui qui est plongé dans une chose n’en voit pas les défauts, et celui qui en est extérieur et n’y a jamais pris part ne les voit pas davantage. Seul celui qui y a pénétré puis s’en est détaché peut en discerner les vices. C’est pourquoi les Compagnons qui embrassèrent l’islam après avoir connu la mécréance étaient meilleurs que ceux qui y naquirent.

‘Umar ibn al-Khaṭṭāb (qu’Allah l’agrée) a dit : « Les liens de l’islam se défont un à un lorsque naissent en son sein des gens qui ignorent l’ère de l’ignorance (al-Jāhiliyya). »

Quant à la corruption apparente des sens, elle affaiblit le corps et l’épuise, pouvant même entraîner sa perte, comme en attestent les récits de ceux que l’amour a tués.

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Un jeune homme, réduit à n’être plus que peau sur os, fut présenté à Ibn ‘Abbās alors qu’il se trouvait à ‘Arafah. Celui-ci demanda : « Quel est son état ? » On lui répondit : « Il est atteint d’‘ishq (passion amoureuse). » Ibn ‘Abbās se mit alors à chercher refuge auprès d’Allah contre l’‘ishq durant toute cette journée.

Huitième point : Comme il a été mentionné précédemment, l’‘ishq est un excès d’amour, au point que l’être aimé (ma‘shūq) domine entièrement le cœur de l’amoureux (‘āshiq), au point qu’il ne cesse de l’imaginer, de le mentionner et d’y penser, si bien qu’il ne quitte plus son esprit ni sa mémoire. À ce stade, l’âme se détourne de l’usage des facultés animales et psychiques, ce qui entraîne leur inactivité. Cette paralysie engendre alors des maux corporels et spirituels dont le remède est difficile, voire impossible. Ses actions, ses qualités et ses intentions s’en trouvent altérées, et tout cela se corrompt. Les hommes deviennent alors incapables de le guérir, comme il a été dit :

« L’amour, à son début, n’est qu’une obstination, Que le destin amène et pousse vers toi. Mais lorsque le jeune homme s’engage dans les flots de la passion, Surviennent des épreuves insupportables et immenses. »

L’‘ishq, à ses débuts, est facile et doux ; en son milieu, il devient tourment, occupation du cœur et maladie ; et à sa fin, il mène à la perdition et à la mort, si la miséricorde d’Allah – exalté soit-Il – ne le prend pas en charge. Comme il a été dit :

« Vis libre, car l’amour, à son début, est peine, En son milieu, maladie, et à sa fin, meurtre. »

Un autre poète a dit :

« Il s’est consumé par l’‘ishq jusqu’à en devenir amoureux, Mais lorsqu’il s’y est abandonné, il n’a pu le supporter. Il a vu une mer et l’a prise pour une vague, Mais lorsqu’il s’y est engagé, il s’y est noyé. »

La faute lui en incombe, car il est l’auteur de son propre malheur. Il tombe sous le proverbe bien connu : « Tes mains ont noué, et ta bouche a soufflé. »

Chapitre Les degrés de l’amoureux

L’amoureux (‘āshiq) traverse trois degrés : 1. Le degré du commencement (ibtidā’). 2. Le degré intermédiaire (tawassut). 3. Le degré final (intihā’).

Quant au degré du commencement, on dit qu’il doit le combattre par tous les moyens possibles, surtout si l’accès à l’être aimé est impossible, que ce soit par décret divin (qadar) ou par la loi religieuse (shar‘). S’il en est incapable et que son cœur ne peut s’empêcher de voyager vers son bien-aimé – ce qui relève alors du degré intermédiaire et final –, il lui incombe de le cacher et de ne le révéler à personne. Il ne doit pas se réjouir de son amour ni divulguer son attachement en public, car cela reviendrait à associer à Allah (shirk) et à commettre une injustice (ẓulm). En effet, l’injustice dans ce domaine compte parmi les plus graves formes [de transgression].

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L’injustice – et il se peut qu’elle soit plus préjudiciable encore à l’être aimé et à sa famille que l’injustice commise à l’encontre de ses biens. En effet, en s’exposant par son impudeur dans sa passion, l’amoureux expose l’être aimé aux commérages des gens, qui se divisent alors en croyants et en incrédules. Or, la plupart des gens accordent crédit en cette matière au moindre soupçon. Et si l’on dit : « Untel a agi avec untel ou avec une telle », un seul le démentira, tandis que neuf cent quatre-vingt-dix-neuf le croiront.

La nouvelle d’un amoureux impudique, aux yeux des gens, acquiert une certitude absolue, au point que si la personne visée par ces agissements en informe les autres en mentant et en calomniant autrui, ils en seront convaincus d’une conviction inébranlable, ne laissant place à aucun doute. Bien plus, s’ils se trouvent réunis par hasard dans un même lieu, ils en concluront qu’il y a eu promesse et accord entre eux. Leur conviction en cette matière, fondée sur des suppositions, des imaginations, des apparences trompeuses, des illusions et des rumeurs mensongères, est aussi ferme que leur conviction des réalités sensibles qu’ils perçoivent. C’est ainsi que les auteurs de la calomnie (ahl al-ifk) ont atteint la pure et vertueuse, l’aimée du Messager de Dieu ﷺ, celle dont l’innocence a été proclamée depuis les sept cieux, en raison du simple fait que Safwān ibn al-Mu‘aṭṭal l’avait ramenée seule derrière l’armée. Que de malheurs en ont découlé ! Et n’eût été le fait que Dieu – exalté soit-Il – ait pris en charge sa réhabilitation, sa défense et la démenti de ses calomniateurs, la situation eût été tout autre.

L’objectif est de souligner que le fait, pour une personne éprouvée par la passion, de révéler son amour pour quelqu’un avec qui il lui est illicite d’avoir des relations constitue une injustice et un préjudice qui s’apparentent à une agression envers cette personne et sa famille, et qui exposent à la crédulité de beaucoup de gens quant à leurs suppositions à son égard. Si, de surcroît, il s’appuie sur quelqu’un pour l’inciter à céder, que ce soit par la séduction ou par la crainte, l’injustice s’étend et se propage, et cet intermédiaire devient alors un dayyūth (entremetteur impudique) injuste. Or, le Prophète ﷺ a maudit le rā’ish – c’est-à-dire l’intermédiaire entre le corrupteur et le corrompu dans la transmission du pot-de-vin. Que dire alors du dayyūth, cet intermédiaire entre l’amoureux et l’être aimé pour faciliter leur union ? Ainsi, l’amoureux et le dayyūth s’associent pour commettre une injustice envers l’être aimé et envers d’autres personnes dont la réalisation de leur dessein dépend de l’injustice commise à leur encontre, que ce soit dans leur personne, leurs biens ou leur honneur. Combien de fois l’objectif poursuivi ne peut-il être atteint qu’au prix du meurtre d’une personne dont la vie constitue un obstacle à leur dessein ? Que de victimes dont le sang a été versé pour cette raison : un époux, un maître, un proche ! Que de femmes ont été montées contre leur mari, de servantes et d’esclaves contre leur maître ! Or, le Messager de Dieu ﷺ a maudit celui qui agit ainsi et s’en est désolidarisé, car cela fait partie des plus grands péchés.

Si le Prophète ﷺ a interdit à un homme de faire une demande en mariage déjà adressée par son frère, ou d’enchérir sur l’offre de son frère, que dire alors de celui qui œuvre à séparer un homme de son épouse ou de sa servante jusqu’à parvenir à s’unir à elles ?

Les amoureux des apparences et leurs complices parmi les dayāyitha (entremetteurs) ne voient pas cela comme un péché. Si l’amoureux recherche l’union avec l’être aimé et le partage avec l’époux ou le maître, cela implique une injustice envers autrui dont le péché n’est peut-être pas moindre que celui de la fornication, même si celle-ci n’a pas été consommée. De plus, le droit d’autrui ne s’annule pas par le repentir de la fornication, car si le repentir efface le droit de Dieu, le droit de l’esclave (ou de la personne lésée) demeure et pourra être réclamé au Jour de la Résurrection. Ainsi, parmi les injustices du père figure la corruption de son enfant, de la chair de sa chair, de celui qui lui est plus cher que lui-même. L’injustice commise par l’époux en corrompant sa bien-aimée et en portant atteinte à son lit conjugal est plus grave que de lui prendre tous ses biens. C’est pourquoi cela lui est plus douloureux que la spoliation de ses biens, et rien ne lui est comparable, sinon l’effusion de son sang. Quelle injustice plus grande en péché que l’acte de fornication ! Si cela est un droit pour un conquérant…

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Dans le chemin d’Allah, le coupable et l’auteur de l’injustice se tiendront debout le Jour de la Résurrection, et il lui sera dit : « Prends de ses bonnes actions ce que tu voudras », comme l’a rapporté le Prophète ﷺ.

Puis le Prophète ﷺ dit : « Que pensez-vous donc ? » – c’est-à-dire : « Que restera-t-il de ses bonnes actions ? » Si, en plus de cela, la victime est un voisin ou un parent avec lequel les liens de parenté sont sacrés, l’injustice se multiplie et devient une oppression aggravée, en raison de la rupture des liens familiaux et du tort causé au voisin. Or, « ne entrera pas au Paradis celui qui rompt les liens de parenté, ni celui dont le voisin n’est pas à l’abri de ses méfaits ».

Si l’amoureux, pour parvenir à ses fins avec son bien-aimé, recourt aux démons des djinns – que ce soit par la magie, leur utilisation ou autre chose –, s’ajoutent alors à l’associationnisme (shirk) et à l’injustice (ẓulm) la mécréance liée à la sorcellerie. Et s’il ne l’accomplit pas lui-même mais y consent, il se rend complice de la mécréance sans en éprouver de répulsion, car il cherche à atteindre son but. Or, cela n’est pas éloigné de la mécréance elle-même.

L’objectif ici est de souligner que la coopération dans ce domaine est une coopération dans le péché et l’agression.

Quant aux injustices répandues et aux préjudices étendus qui accompagnent la réalisation du désir de l’amoureux, leur gravité est évidente. En effet, une fois qu’il a obtenu ce qu’il convoitait de son bien-aimé, ce dernier aura d’autres desseins pour lesquels il exigera l’aide de l’amoureux, qui ne pourra s’y soustraire. Ainsi, chacun des deux aidera l’autre à commettre des injustices et des agressions : le bien-aimé soutiendra l’amoureux dans l’oppression de ceux qui lui sont liés – sa famille, ses proches, son maître ou son époux –, tandis que l’amoureux aidera le bien-aimé à opprimer ceux dont la réalisation de ses objectifs dépend de leur oppression. Chacun des deux assistera donc l’autre dans la poursuite de ses desseins, qui impliquent l’injustice envers autrui. Il en résulte des agressions et des injustices en raison de leur complicité dans le mal et de leur coopération dans l’oppression, comme il est d’usage entre les amoureux et leurs bien-aimés : l’amoureux soutient son bien-aimé dans ce qui comporte injustice, agression et transgression, allant parfois jusqu’à œuvrer pour lui obtenir une position qui ne lui convient pas et pour laquelle il n’est pas qualifié, ou à lui procurer des biens de manière illicite, ou encore à l’encourager à s’en prendre à autrui. Si son bien-aimé entre en conflit avec quelqu’un ou porte plainte contre lui, l’amoureux prendra systématiquement son parti, qu’il soit l’oppresseur ou l’opprimé.

À cela s’ajoutent les injustices que l’amoureux commet envers les gens en usant de ruses pour s’emparer de leurs biens et les transmettre à son bien-aimé, par le vol, l’usurpation, la trahison, le faux serment, le brigandage ou autres moyens semblables. Parfois, cela peut même conduire au meurtre d’une âme qu’Allah a rendue sacrée, afin de s’emparer de ses biens et de les offrir à son bien-aimé.

Toutes ces calamités, et bien d’autres encore, décuplées et redécuplées, naissent de la passion pour les apparences. Cette passion peut même pousser à la mécréance explicite, et certains, élevés dans l’islam, se sont convertis au christianisme à cause d’elle. C’est ce qui est arrivé à un muezzin qui, ayant aperçu une belle femme sur une terrasse, en devint éperdument épris. Il descendit, entra chez elle et lui demanda sa main. Elle lui répondit : « Je suis chrétienne ; si tu embrasses ma religion, je t’épouserai. » Il accepta, et ce même jour, alors qu’il montait les marches d’une estrade chez eux, il en tomba et mourut. Ceci est rapporté par ‘Abd al-Ḥaqq dans son livre Al-‘Āqiba.

Lorsque les chrétiens veulent convertir un prisonnier, ils lui montrent une belle femme et lui ordonnent de lui faire miroiter l’espoir de l’épouser.

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Jusqu’à ce que son amour s’empare de son cœur, elle lui offrira alors sa personne s’il embrasse sa religion. C’est alors que : « Allah affermit ceux qui croient par la parole ferme, dans la vie d’ici-bas et dans l’au-delà. Et Allah égare les injustes. Et Allah fait ce qu’Il veut. » [Sourate Ibrahim : 27].

Dans la passion amoureuse, il y a une injustice de la part de chacun des deux amants envers l’autre, en l’aidant à commettre la turpitude, ainsi qu’une injustice envers lui-même. Ainsi, chacun d’eux est injuste envers lui-même et envers son compagnon, et leur injustice s’étend aux autres, comme cela a été mentionné précédemment. Plus grave encore est leur injustice par l’associationnisme (shirk), car la passion amoureuse englobe toutes les formes d’injustice.

Si l’être aimé ne craint pas Allah, il expose l’amant à la perdition, ce qui constitue une injustice de sa part. Il lui donne de faux espoirs, se pare pour lui, l’attire par tous les moyens, jusqu’à lui soutirer ses biens et ses faveurs, sans lui accorder ce qu’il désire, afin que son but ne soit pas atteint et que son désir ne soit pas assouvi. Il lui inflige ainsi un cruel tourment. Quant à l’amant, il peut tuer son bien-aimé pour apaiser sa souffrance, surtout si ce dernier accorde ses faveurs à un autre. Combien de victimes la passion amoureuse a-t-elle faites des deux côtés ! Combien de bienfaits a-t-elle anéantis, de richesses appauvries, de rangs abaissés, de liens brisés ! Combien de foyers a-t-elle ruinés pour l’homme et ses enfants ! En effet, si une femme voit son époux épris d’une autre, elle prendra elle-même un amant, et l’homme se retrouvera tiraillé entre la ruine de son foyer par le divorce et la soumission. Certains choisiront l’un, d’autres l’autre.

Il incombe donc à l’homme raisonnable de ne pas laisser la passion pour les apparences dominer son âme, afin de ne pas s’exposer à ces méfaits, ou à la plupart d’entre eux, voire à certains. Celui qui agit ainsi est négligent envers lui-même et la met en péril. S’il périt, c’est lui qui en sera responsable. En effet, s’il n’avait pas multiplié les regards vers le visage de son bien-aimé et n’avait pas espéré son union, son amour ne se serait pas ancré dans son cœur. Le premier des facteurs de la passion amoureuse est l’admiration, qu’elle naisse d’un regard ou d’une écoute. Si cette admiration n’est pas accompagnée d’un espoir d’union et qu’elle est au contraire marquée par le désespoir, la passion ne naîtra pas. Si l’espoir d’union l’accompagne, mais qu’il est écarté par la réflexion et n’occupe pas le cœur, la passion ne surgira pas non plus. Si, en revanche, la réflexion sur les charmes de l’être aimé se prolonge, mais qu’elle est accompagnée d’une crainte plus grande que le plaisir de l’union – une crainte religieuse, comme la peur du Feu, de la colère du Tout-Puissant, du fardeau des péchés –, et que cette crainte l’emporte sur l’espoir et la réflexion, alors la passion ne naîtra pas. Si cette crainte religieuse fait défaut, mais qu’elle est remplacée par une crainte mondaine – comme la peur de perdre sa vie, ses biens, sa réputation, son rang aux yeux des gens, ou de déchoir aux yeux de ceux qui lui sont chers –, et que cette crainte l’emporte sur l’élan de la passion, celle-ci sera repoussée. De même, si l’on craint de perdre un être plus aimé et plus utile que l’être aimé, et que l’on privilégie son amour, la passion sera repoussée. Mais si tout cela fait défaut et que l’amour pour l’être aimé l’emporte, le cœur sera entièrement attiré vers lui, et l’âme penchera entièrement de son côté.

Si l’on objecte : « Vous avez mentionné les méfaits, les dommages et les corruptions de la passion amoureuse, mais pourquoi n’avez-vous pas évoqué ses avantages et ses bienfaits, parmi lesquels : l’adoucissement du caractère, le soulagement de l’âme et son allègement, la disparition de son poids, son entraînement, ainsi que son incitation aux nobles vertus, comme le courage, la générosité, la noblesse d’âme, la délicatesse des sentiments et la finesse des manières »…

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On a dit à Yahyā ibn Muʿādh al-Rāzī : « Ton fils est épris d’une telle », et il répondit : « Louange à Allah qui l’a fait tendre vers la nature humaine. »

Certains ont dit : « L’amour passionné est un remède pour les cœurs des nobles. »

Un autre a affirmé : « L’amour passionné ne convient qu’à celui dont la virilité est manifeste et la nature pure, ou à celui dont la parole est vertueuse et la bienfaisance parfaite, ou encore à celui dont les manières sont raffinées et la noblesse éclatante. »

Un autre encore a déclaré : « L’amour passionné donne du courage au cœur du lâche, clarifie l’esprit de l’ignorant, généreuse la main de l’avare, humilie l’orgueil des rois, apaise les aspérités des caractères, et il est le compagnon de celui qui n’a pas de compagnon, le confident de celui qui n’a pas de confident. »

Un autre a ajouté : « L’amour passionné allège les fardeaux, affine l’âme, purifie la turbidité du cœur et incite aux actions nobles, comme l’a dit le poète :

Un ami bienveillant périra en ce monde à cause de vous, Si l’amour le consume et que ses pièges le guettent. Généreux, il garde le secret au point que, Si on l’interroge sur ton récit, il feindra l’ignorance. Il souhaite tomber malade le soir, espérant qu’elle, En entendant ses plaintes, lui enverra des messages. Il s’empresse de faire le bien pour s’élever, Afin que ses qualités soient louées un jour auprès de Laylā.

Ainsi, l’amour passionné pousse aux nobles vertus. »

Certains sages ont dit : « L’amour passionné discipline l’âme et affine les mœurs ; le manifester est naturel, tandis que le dissimuler relève de l’effort. »

Un autre a affirmé : « Celui dont le cœur n’est pas ému par une voix mélodieuse et un visage radieux a un tempérament corrompu et a besoin de traitement. » Et ils ont récité à ce sujet :

Si tu n’as jamais aimé ni connu la passion, Tu n’as aucune part au bonheur de la vie.

Un autre a dit :

Si tu n’as jamais aimé ni connu la passion, Tu es comme un âne dans le désert.

Un autre encore a ajouté :

Si tu n’as jamais aimé ni connu la passion, Lève-toi et broute du foin, car tu n’es qu’un âne.

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Et certains amoureux, parmi ceux qui sont chastes et dignes, ont dit : « Soyez chastes, vous serez honorés, et aimez, vous triompherez. »

On demanda à l’un de ces amoureux : « Que ferais-tu si tu parvenais à conquérir celui que tu désires ? » Il répondit : « Je délecterais mon regard de son visage, je rafraîchirais mon cœur par son souvenir et ses paroles, je cacherais de lui ce qu’il ne souhaite pas révéler, et je ne m’abaisserais pas à un acte vil qui romprait notre pacte. » Puis il récita ces vers :

*« Je me retrouve seul avec lui, mais je m’abstiens par noblesse, Craignant le Jugement, bien que je ne sois pas de ses amants. Tel l’eau dans la main d’un jeûneur qui en savoure la soif, Mais patiente, renonçant à son goût délicieux. »*

Abû Isḥâq ibn Ibrâhîm a dit : « Les âmes des amoureux sont parfumées et délicates, leurs corps sont fins et légers. Leur passe-temps est la compagnie agréable, et leurs paroles raniment les cœurs morts et augmentent l’intelligence. Sans l’amour et la passion, les délices de ce monde seraient vains. »

Un autre a dit : « L’amour est pour les âmes ce que la nourriture est pour les corps : si tu le négliges, il te nuit ; si tu en abuses, il te tue. » Et l’on a dit à ce propos :

*« Ô mes deux amis, l’amour recèle une douceur, Mais aussi une souffrance éternelle et des tourments. Ainsi, nulle vie ne saurait être agréable sans lui, Et nulle existence ne s’épanouit sans l’être aimé. Il n’est point de bien en ce monde sans passion, Ni de félicité sans un bien-aimé. »*

Al-Kharâ’iṭî rapporte d’après Abû Ghassân que Abû Bakr al-Ṣiddîq – qu’Allah soit satisfait de lui – passa près d’une jeune servante qui disait :

*« Je l’ai aimé avant même de quitter mes langes, Telle une branche souple et gracieuse. »*

Il lui demanda : « Es-tu libre ou esclave ? » Elle répondit : « Esclave. » Il dit : « Qui aimes-tu ? » Elle hésita, mais il lui fit jurer de répondre, alors elle dit :

*« Je suis celle dont le cœur a été joué par la passion, Meurtrie par l’amour de Muḥammad ibn al-Qâsim. »*

Il l’acheta à son maître et l’envoya à Muḥammad ibn al-Qâsim ibn Ja‘far ibn Abî Ṭâlib, en disant : « Par Allah, ce sont elles qui égarent les hommes ! Combien de nobles en sont morts, et combien de cœurs sains en ont péri ! »

Une servante vint se plaindre à ‘Uthmân ibn ‘Affân – qu’Allah soit satisfait de lui – d’un homme des Anṣâr. ‘Uthmân lui demanda : « Quel est ton récit ? » Elle répondit : « Je suis éprise, ô Commandeur des croyants, du neveu de cet homme, et je ne cesse de le guetter. » ‘Uthmân dit : « Soit tu la lui offres, soit je te paie son prix de ma fortune. » L’homme dit : « Je t’en prends à témoin, ô Commandeur des croyants : elle est à lui. »

Nous ne nions point la corruption de l’amour dont l’objet est l’accomplissement de l’acte immoral avec l’être aimé. Notre propos porte plutôt sur…